Histoire du Festival « West Indies Regatta »
De la redécouverte d’une petite île perdue dans les Antilles à la 15ᵉ édition, la West Indies Regatta Festival raconte l’histoire d’un savoir-faire qui a failli disparaître, et de ceux qui ont décidé de tout faire pour le sauvegarder !
Années 90
La découverte
Alexis Andrews, photographe nautique, découvre Carriacou, dans les Grenadines. Il y trouve un monde en train de s’éteindre : des charpentiers de marine qui bâtissent à la main, sur la plage, sans plan écrit ni machine moderne, de superbes voiliers de bois. Les Carriacou sloops. Découvrir son portrait : Alexis Andrews.
2005
Genesis
Alexis Andrews finance la construction d’un sloop et confie le chantier au maître charpentier Alwyn Enoe. Genesis naît sur le sable de Carriacou, façonné de mémoire.
2007
Gli Gli passe à Saint-Barth
Aragorn navigue avec les Kalinagos à bord d’un grand canoë taillé à la main dans la forêt de Dominique. Antigua, Saint-Barthélemy, les îles Vierges britanniques. L’escale à Gustavia marque les esprits : son histoire fait le tour de l’île. Découvrir son portrait : Aragorn.
2008
Deux livres et une traversée
Alexis Andrews publie Vanishing Ways et Genesis: Building a Traditional Carriacou Sloop. Ce printemps-là, Doggy Watson, Alexis Andrews et Aragorn conduisent Genesis d’Antigua jusqu’à la Foxy’s Regatta, sur l’île de Jost Van Dyke aux îles Vierges britanniques — un rendez-vous du dernier week-end de mai qui existe depuis 1974. Escale à Saint-Barth, où Alexis expose ses deux ouvrages.
30 novembre 2008
Beauty of Petite Martinique, le dernier bateau de Balo
Sur la plage de Petite Martinique, devant tout le village, le maître charpentier Baldwin DeRoche, dit « Balo », met à l’eau le sloop Beauty of Petite Martinique. Ce sera son dernier sloop, mais aussi le dernier de cette île.
2009
La première West Indies Regatta
Engagés dans la Classic Regatta d’Antigua, Alexis et Aragorn cherchent des bateaux pour les accompagner jusqu’à Saint-Barth. Avec Loulou Magras, Daniel Blanchard et Bruno Gréaux, alors directeur du port, huit bateaux entrent dans Gustavia : Genesis, Ocean Nomad — aujourd’hui Navasana —, Tradition, Sweetheart, Good Expectation, Summer Cloud, la goélette de Nevis Alexander Hamilton et le sloop de Bequia Plumbelly. La Collectivité met gracieusement le quai à disposition pour l’amarrage, et le parvis du port pour les concerts. Tout part de là.
Deux personnes tiennent le fil à Saint-Barth pendant les premières années : Jannie May, l’épouse de Loulou Magras, et Lee Davidson, un ami d’Alexis. Ce sont eux qui aident Alexis et Aragorn à monter l’événement, et qui servent de relais sur l’île pendant plusieurs années.
2011
La 3ᵉ édition
Dix bateaux entrent dans Gustavia : Genesis, Ocean Nomad — aujourd’hui Navasana —, Tradition, Sweetheart, Good Expectation, Summer Cloud, Pipe Dream, Zemi — aujourd’hui Spirit of Zemi —, le plus petit, New Moon, venu de Carriacou, et la goélette de Nevis Alexander Hamilton.
Genesis passe la ligne en tête des trois courses. À quai, un invité de marque : le Picton Castle, trois-mâts barque de retour d’un tour du monde, dont l’équipage offre une danse polynésienne lors de la remise des prix.
2012
Le premier marché
Les sloops arrivent chargés. Fruits d’Antigua et de Dominique, t-shirts et poteries d’Aragorn : le marché naît des cales. Il grandira chaque année.
On raconte qu’une fois, c’est un cargo entier rempli de bananes qui est arrivé de Carriacou.
En 2015, un autre bateau de travail arrive de Carriacou, les cales pleines de noix de coco : c’est Laser, le plus grand sloop d’Alwyn Enoe. Découvrir ce bateau : Lazer.
Source : Gary Brown, All At Sea, 28 juin 2015, West Indies Regatta: Connecting with Times Past.
2013
Exodus
Alwyn Enoe met à l’eau Exodus, un sloop de quarante pieds né sur la plage de Carriacou. Alexis Andrews en filme chaque étape.
30 avril 2015
Vanishing Sail
Le film sort. On y suit Alwyn Enoe bâtissant Exodus, puis le convoyage de 350 milles jusqu’à Antigua. Son but est explicite : susciter des vocations avant qu’il ne soit trop tard.
2015
Free In St Barth
Séduit par la West Indies Regatta et par l’art de vivre qui l’entoure, Thierry de Badereau finance la construction d’un nouveau sloop. Alwyn Enoe, désormais âgé, le mène à terme avec ses fils — comme pour passer le geste avant qu’il ne se perde. Le bateau court sa première régate à Gustavia en 2016.
2016
La Collectivité s’engage
Loraine rejoint l’équipe. Le budget de l’année : 3 000 €. Vanishing Sail est projeté sur le parvis de la Collectivité en clôture du 21ᵉ St-Barth Film Festival. Mesurant la portée culturelle de l’événement, la Collectivité décide d’accroître son soutien dès l’année suivante — concerts, communication, matériel et personnel du marché. Elle en devient le principal soutien, et la condition de sa survie.
Septembre 2019
L’association West Indies Traditionnal
Le festival se dote d’une structure pour prendre en charge son organisation. Loraine et Bruno, sœur et frère, et Thierry de Badereau déclarent à la préfecture l’association loi 1901 « West Indies Traditionnal », dont la création paraît au Journal officiel le 28 septembre 2019. Objet : promouvoir les gréements et les sloops traditionnels de la Caraïbe, favoriser les rencontres culturelles entre les îles et défendre l’artisanat traditionnel.
Mais le Covid, quelques mois plus tard, aura raison de cette tentative d’organisation.
2020-2023
Trois années confinées
Le festival est annulé deux années de suite, en raison de la pandémie mondiale de Covid-19, puis une troisième année, en 2022, à cause des élections locales.
2023
Reconnaissance officielle de l’UNESCO
Portée par les images de Vanishing Sail et par la démarche du gouvernement de Grenade, la construction navale traditionnelle de Carriacou et Petite Martinique est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité — au titre des savoir-faire à sauvegarder.
2023
La régate reprend et change d’échelle
Sous l’impulsion de Loraine, Rachelle, Valentine et de bien d’autres, la régate est de nouveau organisée. Loraine tente de la rebaptiser « festival » : elle obtient l’entrée des arts de rue. Circassiens et comédiens interviennent dans les écoles la semaine précédente, animent le marché, et referment le week-end par un spectacle le dimanche soir.
La même année, Vincent rejoint l’organisation et repense l’implantation du marché — tentes espacées, stands de part et d’autre : le nombre d’exposants bondit.
L’année suivante, déplacé face à la Collectivité pour cause de travaux, le marché devient le plus grand de l’île avec près de quarante stands. Ce sera la dernière participation de Loraine, qui finira par quitter l’île pour un nouveau projet de vie.
2024
Le geste reprend
Le 1ᵉʳ juillet, l’ouragan Beryl dévaste Carriacou et envoie par le fond le Carriacou sloop Marie Stella. Grenade annonce dans la foulée son intention de créer une Boat Building School ; un site est retenu à Windward.
M. Piero Zipoli, propriétaire du petit chantier Carriacou Marine, finance d’abord l’aménagement d’un toit pour abriter le lieu de construction, puis un premier navire, mis en chantier sous les mains du maître charpentier Callistus Enoe, fils d’Alwyn. Le geste change de génération. Découvrir son portrait : Piero Zipoli.
« Aider les Carriacou sloops, c’est ma façon de remercier l’île de Carriacou pour tout ce qu’elle m’a donné pendant tant d’années. »
— Piero Zipoli
2025
L’année charnière : la régate devient un festival
Loraine n’est plus là, Valentine n’a plus beaucoup de temps, Thierry voit son bateau « Free in St Barth » couler dans un malheureux accident, le cirque ne peut pas venir. Les bateaux s’annulent les uns après les autres. L’évènement est remis en question : « la Collectivité va-t-elle soutenir une régate sans bateaux ? »
Mais le Carriacou sloop bleu Navasana, indéfectible, maintiendra sa participation ! Il sera rejoint au dernier moment par un classic boat gris et blanc de plus de cent ans d’âge venu d’Europe, Nomad, un bateau fibre bleu foncé des Îles Vierges britanniques, et Oumiak, un bateau en aluminium jaune de Saint-Barth.
Bien évidemment, Navasana gagnera toutes les manches, prouvant que les Carriacou sloops sont les plus rapides ! Plus de 700 personnes seront comptabilisées sur les quais lors de la seule soirée du samedi.
Le mot d’ordre est lancé : « la West Indies n’est plus simplement une régate, c’est un festival culturel ! » et « la faible présence des Carriacou sloops est bien la preuve qu’il faut redoubler d’efforts pour les sauvegarder ! »
Avril 2026
La 15ᵉ édition avec les fondateurs et Carriacou
Cinq Carriacou sloops entrent dans Gustavia : Genesis, Navasana, Spirit of Zemi, Summer Cloud et Free in St Barth. Trois invités les rejoignent : Ragnar, un bateau en fibre de Saint-Barth, Nomad, venu des Îles Vierges britanniques, et Mange Nuage, le bateau du cirque, venu de France et en tournée dans les Antilles.
Les fondateurs sont présents : Alexis Andrews, Aragorn, Loulou Magras, Bruno Gréaux — alors directeur du port en 2009 — et le fils de Daniel Blanchard. Trois films à l’affiche : Vanishing Sail, Quest of the Caribbean Canoe et Ocean de David Attenborough.
Et, pour la première fois, les gouvernements de Carriacou et de Grenade envoient un représentant officiel : Dwight Logan, conseiller du ministre de Carriacou et Petite Martinique. Il vient annoncer le lancement des travaux de l’école de construction navale — et la commande de trois bateaux supplémentaires.
31 juillet – 2 août 2026
La redécouverte du Carriacou Regatta Festival !
Vincent fait le déplacement à Carriacou et à Grenade pour le Carriacou Regatta Festival, scellant le lien qui unit désormais les deux régates. Celle de Carriacou existe depuis soixante ans, mais elle n’avait pas pu se tenir les deux années précédentes, l’île se relevant du passage de l’ouragan Beryl, qui a dévasté les maisons, la faune et la flore, et coulé plusieurs Carriacou sloops : Marie Stella, Power Play, Pink Lady et Reality 2.
Ce fut l’occasion pour Saint-Barth de redécouvrir cette île et son héritage maritime. Mais aussi, pour Carriacou, de redécouvrir qu’elle n’est pas seule — et que les cinq Carriacou sloops présents ne le sont pas davantage : il en existe au moins sept autres dans le nord des Antilles.
Un travail est alors entrepris pour tous les retrouver et dresser le premier inventaire des Carriacou sloops encore vivants. Vous le trouverez sur la page Histoire des bateaux.
2027
La suite
Nous espérons que des bateaux feront à nouveau la route depuis Carriacou, et que l’île sera de retour à Gustavia.
