Alexis Andrews

Alexis Andrews à la barre du Carriacou sloop Genesis
Alexis Andrews à la barre de son sloop Genesis.
  • Origine — né en Grèce
  • Métier — photographe de yachts, auteur et réalisateur
  • Installé à — Indian Creek, Antigua, depuis 1986
  • Bateaux — Summer Wind, puis Genesis
  • Livres — Images (2007), Vanishing Ways et Genesis (2008)
  • Film — Vanishing Sail (2015)
  • Rôle dans la régate — cofondateur de la West Indies Regatta, en 2009

Genesis, Free in St Barth et la West Indies Regatta lui doivent beaucoup. Photographe de yachts de luxe installé à Antigua, Alexis Andrews a passé près de vingt ans à faire connaître, à photographier, à filmer et à faire construire les derniers Carriacou sloops.

Né en Grèce, formé en Europe

Alexis Andrews est né en Grèce. Il apprend la photographie à Londres, et se forme à la photographie de publicité et de mode en Europe.

1986 : à la voile jusqu’à Antigua

En 1986, il rejoint Antigua à la voile, pour y travailler comme photographe dans le monde du yachting. Il n’en est jamais reparti. Pendant plus de trente ans, ses images de grands yachts illustrent les magazines et les publicités de location de luxe. Il photographie aussi les régates, les villas, les hôtels, la mode et la musique, publie des guides nautiques, et passe de longues heures en hélicoptère pour ses prises de vue aériennes. Il vit à Indian Creek, au sud-est de l’île.

En 2007, il publie Images, un grand livre de photographies d’Antigua et Barbuda réunissant vingt ans de travail : la nature, la culture, les plages, les lieux et la voile.

1997 : l’épave de Summer Wind

Au sommet de sa carrière, il photographie les plus beaux yachts, avec des mannequins et de très grosses mises en scène. Le succès est là, mais il lui manque quelque chose, sans savoir quoi. Un jour, pendant une séance photo, un voilier passe devant lui : un simple bateau de pêche antillais, en bois.

She took my breath away because it was something so unique and so resonant of the islands that I decided that I needed to learn more.

Alexis Andrews, podcast sailATX, 28 novembre 2017

Il comprend vite que ces savoir-faire s’effacent. Autrefois, les îles vivaient du commerce à la voile ; avec l’arrivée du tourisme, dans les années 1960, les métiers se sont perdus. Carriacou est peut-être la dernière île de la Caraïbe orientale où l’on construit encore ces bateaux.

En 1997, il rachète un vieux Carriacou sloop qui a coulé dans le port d’English Harbour, à Antigua. Il le remet en état, puis décide de le ramener à la voile jusqu’aux Grenadines, pour le présenter à celui qui l’a construit.

En arrivant à Windward, il découvre un monde en train de s’éteindre : des charpentiers qui bâtissent encore à la main, sur la plage, sans plan, mais de moins en moins nombreux. Ce voyage déclenche dix ans de travail photographique sur les derniers charpentiers de l’île. Découvrir ce premier sloop : Summer Wind.

2003-2005 : Genesis, le rêve d’un sloop neuf

Après huit ans sur Summer Wind, Alexis rêve d’un bateau plus grand, construit de la même façon. Il le commande au maître charpentier Alwyn Enoe. Avec lui, son fils Callistus et son neveu Bonnie, il part abattre des cèdres à la Grenade, puis les traîne à bras dans les ravines jusqu’à la route.

It was now apparent why this part had been put off for so long. It was hard going!

Alexis Andrews, Caribbean Compass, avril 2005
Alexis Andrews, Alwyn Enoe et deux de ses fils posent au bord de la mer, un verre à la main
Alexis Andrews, Alwyn Enoe et deux de ses fils, au temps de Genesis.

La quille est posée en octobre 2003. Le chantier survit aux termites et à l’ouragan Ivan. En mars 2005, sur la plage de Windward, c’est l’épouse d’Alexis, leur plus jeune fille dans les bras, qui déroule le pavillon et révèle le nom tenu secret : Genesis. Comme le veut la tradition, Alexis sacrifie un coq sur le bitton, puis tout le village hale le bateau vers la mer.

La coque rouge et blanche de Genesis, couchée sur la plage de Windward, entourée du village ; un homme tire une aussière dans l’eau
Mars 2005 : Genesis couché sur la plage de Windward, prêt à glisser vers la mer.
Une rangée d’hommes et de femmes, dans l’eau jusqu’aux genoux, poussent à bras levés la coque de Genesis vers la mer
Les bras levés, hommes et femmes poussent la coque de Genesis vers la mer.

Quelques semaines plus tard, à l’Antigua Classic, Genesis est en tête de sa classe dès la première journée, alors que son intérieur n’est même pas terminé.

I knew she’d be good, but not this good.

Alexis Andrews, cité par Dan Houston, Classic Boat, juillet 2005

Genesis est le premier bateau terminé à Windward depuis plus de dix ans. Il relance la construction sur l’île. Toute son histoire : Genesis.

2008 : deux livres et un voyage

En 2008, sa maison d’édition, Indian Creek Books, publie deux livres de photographies : Vanishing Ways, sur la navigation à bord des derniers Carriacou sloops, et Genesis: Building a Traditional Carriacou Sloop, le récit du chantier.

Couverture du livre Genesis, Building a Traditional Carriacou Sloop, d’Alexis Andrews
Genesis: Building a Traditional Carriacou Sloop, d’Alexis Andrews.

Ce printemps-là, avec Doggy Watson et Aragorn, il conduit Genesis d’Antigua jusqu’à la Foxy’s Regatta, aux îles Vierges britanniques. En chemin, il fait escale à Saint-Barth, où il expose ses deux livres.

2009 : la naissance de la West Indies Regatta

En 2009, engagés à l’Antigua Classic, Alexis et Aragorn cherchent des bateaux pour les accompagner jusqu’à Saint-Barth. Avec Loulou Magras, Daniel Blanchard et Bruno Gréaux, alors directeur du port, ils accueillent huit bateaux à Gustavia. C’est la première West Indies Regatta.

À Saint-Barth, deux personnes tiennent le fil pendant les premières années : Jannie May, l’épouse de Loulou Magras, et Lee Davidson, un ami d’Alexis.

Alexis Andrews à bord, devant la flottille de sloops traditionnels au mouillage
Alexis Andrews à bord, devant la flottille de sloops traditionnels au mouillage.

Genesis is owned by Alexis Andrews, who started this regatta, and has put a huge amount of work into promoting these local boats, and the few people who are left building them on the islands.

Sampson Boat Co, West Indies Regatta

2010-2013 : filmer le dernier bateau d’Alwyn

Alwyn Enoe approche des 70 ans. Ses fils sont partis travailler ailleurs, et le métier risque de disparaître avec lui. Pendant trois ans, Alexis filme son dernier chantier, Exodus : les arbres abattus en forêt, les fils revenus aider leur père, le mât taillé dans un poteau électrique, puis la course contre la montre pour être prêts pour l’Antigua Classic. Exodus est lancé le dimanche de Pâques 2013. Découvrir ce bateau : Exodus.

If this thing gone from here, everything gone you know…

Alwyn Enoe, dans Vanishing Sail
Alexis Andrews discute avec Callistus Enoe assis sur un établi du chantier
Alexis Andrews et Callistus Enoe.

Deux hommes, un appareil photo et 180 heures d’images

Pour tourner, Alexis n’utilise pas de caméra de cinéma, mais ses appareils photo reflex, qui filment aussi. Depuis dix ans, les habitants de Windward le voient avec son appareil autour du cou : quand il commence à filmer, personne ne change d’attitude. Il grimpe en tête de mât, part à la pêche avec les marins, plonge sous l’eau avec un caisson pendant qu’ils naviguent, sans l’équipe lourde d’un tournage classique.

Le film est financé par une campagne de financement participatif sur Kickstarter. À sa grande surprise, toute une communauté répond présent. Il fait équipe avec Justin Sihera, originaire de Carriacou, séduit par le livre, qui devient le producteur. Pendant trois ans, le temps de construire le bateau, ils ne sont que tous les deux.

It is our first film, so we had absolutely no idea what we were doing.

Alexis Andrews, podcast sailATX, 28 novembre 2017

Ils rapportent environ 180 heures d’images. Le premier montage dure trois heures : on lui conseille de le couper au moins de moitié. Il faut encore deux ans de montage, à Los Angeles, puis au Royaume-Uni, puis de retour à Antigua et à Carriacou, pour trouver le vrai récit. L’argent manque sans cesse, et à chaque fois quelqu’un vient les aider au dernier moment.

Le son des vagues et la musique

Photographe avant tout, Alexis pensait que l’image suffisait. On lui explique qu’un bon film, c’est plus de la moitié de son. Un ingénieur du son de Los Angeles, qui travaille pour Apple et avait séjourné dans les îles, propose de l’aider gratuitement. Il lui prête son matériel, et Alexis et Justin retournent à Carriacou réenregistrer le clapot, les mâts qui craquent, les bruits des courses.

Puis vient la musique. Pendant des mois, dans un studio d’Antigua, Alexis travaille avec un compositeur allemand de formation classique installé dans la Caraïbe, pour écrire la musique autour des images, au rythme des vagues et du bois.

2015 : Vanishing Sail

Vanishing Sail, son premier film, sort en 2015. Il l’a écrit, réalisé et filmé, avec Justin Sihera comme producteur, un Anglais d’origine carriacouaise qui avait navigué et pêché enfant avec son grand-père Compton. Eric Clapton, séduit par le projet, lui offre une composition originale.

Affiche du documentaire Vanishing Sail, The Story of a Caribbean Tradition, d’Alexis Andrews
L’affiche de Vanishing Sail. Voir le film

Le film est d’abord refusé partout : Sundance, South by Southwest, Tribeca et plusieurs festivals européens. Plutôt que d’abandonner, Alexis le présente dans les festivals des villes côtières, et y trouve son public. Autre surprise : dans les salles, les spectatrices sont parmi les plus passionnées.

La première mondiale a lieu à Saint-Barth, pour les vingt ans du St Barth Film Festival. Plus de 350 spectateurs se pressent sur le quai, face aux sloops amarrés, et se lèvent pour applaudir à la fin.

The dock became wrapped in silence, only the creaking of mooring lines, the vessels all swaying together lit by the moon, all feeling the story as one.

Afloat, 2015

En 2015, Alexis résume ainsi l’accueil que Saint-Barth réserve chaque année aux sloops :

What the people of St. Barth have decided to give us each year is the biggest welcome we could expect from the entire West Indies.

Alexis Andrews, All At Sea, juin 2015

La même année, le film remporte deux prix au festival international du film de Rhode Island : le prix de la révélation de la réalisation et le prix du public. Suivent le grand prix du jury au festival international du film de Barcelone et un Caribbean Spirit Award.

A haunting, captivating story that will pull heart-strings and etch in the mind of every viewer.

Classic Boat Magazine

Le film est présenté aux festivals de Martha’s Vineyard, où la séance affiche complet, et d’Anchorage, en Alaska.

Novembre 2015 : la naissance de Free

Avec Thierry de Badereau, restaurateur à Saint-Barth, Alexis imagine un nouveau sloop, le premier construit par la génération des fils d’Alwyn. La veille du lancement, Vanishing Sail est projeté à Hillsborough, et les habitants de Carriacou se reconnaissent à l’écran : « Hey Hopey, you a movie star now », lance-t-on à l’un d’eux.

Free in St Barth : alexis et Alwyn avant de tuer le mouton
Alexis et Alwyn Enoe, le jour du lancement de Free.
Free in St Barth : thierry, Alexis et Callistus s’apprêtent à tuer un mouton sur le bateau
Thierry de Badereau, Alexis et Callistus Enoe à bord de Free.

Le lendemain, 8 novembre 2015, tout Windward hale Free vers la mer. Découvrir ce bateau : Free in St Barth.

2016-2017 : le film fait le tour du monde

Vanishing Sail voyage ensuite de festival en festival, de l’Alaska à Varsovie, dans plus de quarante projections publiques, jusque dans des sites classés par l’UNESCO. En 2016, la première britannique a lieu en Écosse, où Alexis découvre la construction traditionnelle des îles Hébrides. En 2017, une tournée sur la côte sud de l’Angleterre le mène de Portsmouth à Falmouth.

En 2017 à Londres, le film reçoit le Donald Gosling Award du meilleur film ou programme de télévision aux Maritime Media Awards.

An absolutely superb film, with all aspects of it perfectly balanced.

Jury des Maritime Media Awards, 2017

Ce que le film veut dire

The most important thing that we can learn from a film like this is how to appreciate things that take time and working with our hands again and reconnecting with ourselves and the history and heritage that we come from.

Alexis Andrews, podcast sailATX, 28 novembre 2017

Pour lui, le message est universel : dans le monde moderne, le temps est devenu de l’argent. Construire un bateau en bois prend bien plus de temps qu’on ne l’imagine, et c’est ce temps, passé à faire quelque chose de ses mains, qui nous reconnecte à nous-mêmes. C’est aussi, dit-il, le rêve d’Alwyn Enoe : que ces savoir-faire continuent.

Aujourd’hui

Alexis Andrews vit toujours à Antigua. Genesis revient chaque année à la West Indies Regatta, parfois avec Aragorn à la barre. En 2020, le magazine Forbes le décrit comme l’une des personnes qui ont le plus fait pour garder vivant l’esprit des bateaux traditionnels de la Caraïbe.

Aragorn Dick-Read règle la grand-voile de Genesis, suivi de près par Navasana, pendant la West Indies Regatta 2026
Aragorn Dick-Read règle la grand-voile de Genesis, suivi de près par Navasana, pendant la West Indies Regatta 2026.

Voir le film

Depuis avril 2018, Vanishing Sail se loue ou s’achète légalement en ligne, en version originale anglaise, sur la plateforme officielle choisie par ses auteurs : Vanishing Sail sur Vimeo On Demand.

Pour commander le DVD ou organiser une projection dans un club nautique, une association ou une école, il suffit d’écrire à l’équipe du film : info@vanishingsail.com.

Comment le contacter

Sources

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