Navasana

Le sloop Navasana sous voiles
Navasana sous voiles.
  • Type — sloop de Carriacou et Petite Martinique
  • Mise à l’eau — 2008
  • Longueur — 40 pieds — env. 12,2 m
  • Charpentier de marine — Alwyn Enoe
  • Lieu — plage de Windward, Carriacou
  • Nom d’origine — Ocean Nomad
  • Restauration — 2023, Woodstock Boatbuilders, Antigua
  • Propriétaire — Aidan McCauley
  • Base actuelle — Antigua

Navasana a d’abord été un bateau abandonné. Commencé sur la plage de Windward sous le nom d’Ocean Nomad, le sloop est resté inachevé pendant plus de deux ans, au bord de la route, sous le soleil. Il a fallu un pari fou pour le mettre à l’eau, puis une restauration complète, quinze ans plus tard, pour lui rendre sa beauté.

Un sloop oublié sur la plage de Windward

Le bateau est commandé à Alwyn Enoe par Todd Orrell, un skipper de yachts de luxe qui travaille alors en Europe. La coque et le pont prennent forme, puis l’argent cesse d’arriver. Le chantier s’arrête. Pendant plus d’un an, personne ne touche plus au bateau.

Ocean Nomad devient une curiosité du village. Les minibus de touristes s’arrêtent pour le photographier. Les chauffeurs de taxi demandent en riant à Alwyn s’il compte un jour le terminer. La voisine plaisante : elle allait installer un snack à l’ombre de la coque. Pour la famille Enoe, qui voit le bois vieillir et les fils d’Alwyn sans travail, le bateau pèse lourd.

Février 2008 : un accord inhabituel

En novembre 2007, l’Antiguais Eli Fuller, de la société Adventure Antigua, commande son propre sloop à Alwyn Enoe. Ce bateau deviendra Spirit of Zemi. Découvrir ce bateau : Spirit of Zemi.

Peu après, Todd Orrell le contacte. Les deux hommes trouvent un accord : Eli Fuller paie la fin du chantier et exploite le bateau pendant cinq ans pour ses sorties en mer. Todd Orrell garde le droit de le barrer à l’Antigua Classic et quelques jours par an. Au bout des cinq ans, le bateau doit lui revenir.

Le 20 février 2008, à Windward, Alwyn Enoe lit le nouveau contrat assis dans la coque. Le lendemain matin, le travail reprend. Avec lui, ses fils Chris et Terry, et son neveu, surnommé « Juice ».

Mars – avril 2008 : cinq semaines pour finir

L’objectif paraît impossible : terminer le bateau et le mener à Antigua pour l’Antigua Classic Yacht Regatta, qui commence le 17 avril. Sur l’île, beaucoup jugent l’idée insensée. Même les ouvriers du chantier n’y croient pas.

Sur la plage, un grand feu fait fondre le plomb dans un moule prêté par un charpentier de Petite Martinique. Plus de 450 kilos de lest sont coulés, découpés en deux et fixés sous la quille en greenheart. Les ferrures en inox arrivent d’Antigua dans les valises d’Eli Fuller.

Le cargo qui devait servir à mâter le bateau est parti pour Trinidad. Il faut remorquer Ocean Nomad jusqu’à Harvey Vale, où une grue qui construit un quai accepte de lever le mât pour 300 dollars EC. Le gouvernail ne rentre pas dans son puits : Terry Enoe plonge avec une herminette et taille la quille sous l’eau. Le lendemain, le bateau est sorti de l’eau pour une dernière intervention.

Le premier convoyage vers Antigua se fait avec un intérieur brut : des membrures nues, des sacs de sable en guise de lest. La nuit, on entend des grillons chanter dans la cale. Le sloop arrive trois jours avant la régate, et prend le départ avec la peinture du pont encore fraîche.

2008 – 2013 : le sloop d’Adventure Antigua

Il faut encore six mois de travail pour finir le bateau : planchers en greenheart au-dessus du lest de plomb, moteur, voiles North Sails d’Antigua. Fin 2008, Ocean Nomad commence les sorties à la journée au départ de Jolly Harbour.

En avril 2009, Ocean Nomad remporte la classe Traditionnelle de l’Antigua Classic Yacht Regatta, avec Eli Fuller à la barre. Quelques semaines plus tard, en mai 2009, le sloop fait partie des huit bateaux de la toute première West Indies Regatta, à Saint-Barthélemy.

En 2010, comme prévu dans l’accord, le bateau est confié à Todd Orrell pour l’Antigua Classic. Jusqu’en 2013 au moins, Adventure Antigua propose encore le bateau à la location, avec capitaine et équipage, pendant la régate.

2023 : la renaissance

Les années passent et le bateau se dégrade. Un nouveau propriétaire, Aidan McCauley, le confie en 2023 au chantier Woodstock Boatbuilders, à Antigua, pour une restauration dans les règles de l’art traditionnel. Le sloop reprend la mer sous un nouveau nom : Navasana.

La restauration respecte les techniques traditionnelles tout en ajoutant des équipements modernes : guindeau électrique, sondeur, feux de navigation et voiles North Sails, dont un spinnaker asymétrique.

L’artiste des îles Vierges britanniques Aragorn sculpte les sirènes en cuivre de la proue et réalise le tableau arrière. C’est le même artiste qui, en 2007, a conduit le canoë kalinago Gli Gli jusqu’à Saint-Barth. Découvrir l’artiste : Aragorn.

À l’Antigua Classic 2023, Navasana reçoit le prix du Meilleur Refit.

Détail du travail d’Aragorn sur Navasana

2024 – 2025 : le plus beau des sloops

Pour sa première Antigua Classic, en 2024, Navasana reçoit le trophée Woodstock, qui récompense la plus belle restauration de la flotte. Le sloop remporte aussi le Concours d’Élégance des bateaux traditionnels, en 2024 puis en 2025.

On fait vivre la tradition, et on adore naviguer à son bord.

Aidan McCauley, propriétaire de Navasana, Antigua Classic 2025

En 2025, alors que l’avenir de la West Indies Regatta est incertain, Navasana est le seul Carriacou sloop à faire le voyage jusqu’à Saint-Barthélemy.

Navasana au mouillage

Avril 2026 : du démâtage à la victoire

En avril 2026, pendant l’Antigua Classic, Navasana démâte en pleine course. Aidan McCauley annonce aussitôt que les réparations sont lancées et que le bateau reprendra la course le dimanche.

Le démâtage ruine les chances de Navasana à l’Antigua Classic cette année-là. Mais la semaine suivante, le sloop remporte la West Indies Regatta, à Saint-Barthélemy.

Le nom, la sirène et le spinnaker

Navasana est une posture de yoga. En sanskrit, le mot signifie « posture du bateau » : nava, le bateau, et asana, la posture. Assis en équilibre, les jambes et le buste relevés, le corps dessine un V, comme la coque d’un navire.

Le logo du bateau est une sirène dans cette posture. Il est imprimé en grand sur le spinnaker, la voile hissée au vent arrière.

La sirène du logo de Navasana, en posture du bateau, imprimée sur le spinnaker
Le logo du bateau : une sirène en posture de navasana, imprimée en géant sur le spinnaker.

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Contact — Navasana

Sources

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