Aragorn Dick-Read

Chaque année, le logo de la West Indies Regatta Festival sort de la même main. Celle d’Aragorn Dick-Read, sculpteur et artiste multi-médias installé aux Îles Vierges britanniques — un homme dont l’œuvre et l’histoire se confondent avec ce que le festival cherche à défendre.

Logo de la West Indies Regatta Festival 2026 dessiné par Aragorn Dick-Read : deux sloops de Carriacou sous voiles gravés au trait, encadrés d’un soleil à motifs kalinagos et d’une frégate
Le logo de l’édition 2026, dessiné par Aragorn Dick-Read. Chaque année, il en redessine un.

Né sur une île, formé en Europe, revenu aux Caraïbes

Aragorn Dick-Read naît à Tortola en 1966. Il part se former en Europe, où il apprend la poterie, la gravure, le design et le travail du métal, et décroche un diplôme d’histoire de l’art centré sur les arts tribaux et le XXᵉ siècle. Ses voyages le mènent ensuite en Afrique, en Asie et dans les Amériques, avant qu’il ne revienne s’établir là où il est né.

Il choisit le métal, dit-il, pour sa permanence. Ses sculptures jouent des surfaces polies et des patines, des silhouettes découpées, et surtout de la lumière — jusqu’à faire entrer le feu dans l’œuvre elle-même.

Gli Gli : le canoë qui a relié les îles à l’Orénoque

En 1995, des jeunes Kalinagos de Dominique formulent une idée : retrouver, en naviguant, les peuples caribs restés sur le continent, dans le delta de l’Orénoque. Aragorn s’associe à l’artiste kalinago Jacob Frederick pour porter le projet.

La construction est dirigée par Etien Charles, dit « Chalo », dernier maître constructeur de canoës du Territoire carib, qui encadre vingt et un jeunes. La quille est taillée dans un gommier — choisi pour sa sève —, les membrures en cèdre blanc. Le canoë mesure trente-cinq pieds, ouvert, gréé selon le modèle traditionnel. On le baptise Gli Gli.

Deux ans plus tard, l’équipage descend l’arc antillais jusqu’à la Grenade, Trinidad et la Guyana, et remonte la rivière Pomeroon à la rencontre des communautés carib et arawak. La BBC en tire un film, Quest of the Carib Canoe. De retour au nord, le canoë servira à emmener les écoliers de Beef Island naviguer.

En 2007, Gli Gli fait escale à Saint-Barthélemy. Son histoire fait le tour de l’île — et elle est l’un des fils qui mèneront à la West Indies Regatta. Lire la chronologie du festival.

Voir le film

Quest of the Carib Canoe — « La Quête du Canoë 2000 ». Voici la présentation qu’en donnait le programme du festival lors de sa projection :

Partez avec Aragorn à la rencontre des derniers Kalinagos de Dominique, pour suivre un rêve : construire un immense canoë comme leurs ancêtres l’auraient fait il y a cinq cents ans, et arpenter avec lui les routes maritimes migratoires ancestrales à travers les Antilles.

Le documentaire est visible ici même :

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Le métal et le feu

Ses sculptures de feu — sphères, pyramides, cubes ajourés — sont devenues sa signature. Le métal y est découpé de motifs qui ne se révèlent qu’une fois les flammes allumées à l’intérieur : la lumière traverse la matière et projette le dessin tout autour. À Trellis Bay, ces boules de feu sont plantées dans l’eau et enflammées à chaque pleine lune.

Son travail a été montré à Londres, à St Martin-in-the-Fields, à New York, à la Cast Iron Gallery, et dans toutes les Caraïbes. Il a cofondé le Caribbean Artisan Network, qui met en relation les artisans de la région.

Trellis Bay : un studio, une poterie, un village

Aragorn vit et travaille à Trellis Bay, sur Beef Island, avec son épouse Federica Feliziani — peintre elle aussi — et leurs deux fils. Sur place : sa galerie, un atelier de poterie, un centre d’art qui expose les artisans caribéens et propose des cours. C’est une adresse que les navigateurs de passage connaissent bien.

Le voir, le suivre

Les photographies de ses œuvres appartiennent à l’artiste. Pour en publier ici, nous attendons son accord.

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