
- Type de bateau — sloop de Carriacou, coque bois
- Mise à l’eau — en 1984, à Carriacou
- Longueur — 11,70 m, soit environ 38 pieds
- Construit par — Zepherine McLaren, de Windward — les registres de régate d’Antigua l’écrivent Zepharin McKlaren
- Fonction d’origine — bateau de fret, une grande cale ouverte, ni cabine ni cloison, ni moteur
- À Saint-Barthélemy — présent à la toute première West Indies Regatta, en 2009, puis en 2011
- Propriétaire — la compagnie Jus’ Sail, de James et Pepsi Crockett, depuis septembre 2011
- Port d’attache — Rodney Bay Marina, Gros Islet, Sainte-Lucie
- Aujourd’hui — au sec pour un grand carénage depuis le 1ᵉʳ décembre 2025, à Ottley Hall, à Saint-Vincent, sous la conduite du charpentier de marine bequian Herbert Olivierre
- À venir — le bateau sera probablement mis en vente cette année
1984 : une cale, et rien d’autre
Quand Zepherine McLaren met en chantier Good Expectation, en 1984, il ne construit pas un bateau de plaisance. Il construit un camion. À l’intérieur de ces 11,70 mètres, il n’y a pas de cabine, pas de cloison, pas de couchette, pas de compartiment moteur — parce qu’il n’y a pas de moteur. Il y a une cale, aussi vaste que la coque le permet. Tout le dessin du bateau ne répond qu’à une question : combien de sacs tient-on là-dedans, et à quelle vitesse va-t-on les porter d’une île à l’autre.
C’est l’un des derniers bateaux du maître charpentier de Windward, celui du Mermaid of Carriacou. Et c’est aussi la toute fin d’une époque : après Good Expectation, plus personne ne commande de sloop pour faire du fret.
Quinze ans à porter la marchandise
Good Expectation fera ce métier-là pendant plus de quinze ans dans les Grenadines : les denrées, les marchandises, et ce qui se transporte sans être déclaré. C’est le commerce qui a fait vivre ces bateaux pendant cent cinquante ans, et Good Expectation en est l’un des tout derniers praticiens.
Les vers et l’eau douce
Puis le fret s’arrête. Le bateau reste longtemps immobile à Carriacou. Un Allemand le reprend, sans parvenir à en faire grand-chose. Puis, au milieu des années 2000, un Anglais installé à Antigua, Martin Dudley, l’achète et le fait naviguer pendant trois ans dans les îles Sous-le-Vent du nord. Il ne parvient pas non plus à l’entretenir.
Le bateau finit dans les mangroves d’English Harbour. Là, il pourrit sur ses deux faces à la fois : les tarets attaquent les œuvres vives sous la flottaison, l’eau douce fait pourrir le pont au-dessus. En 2011, Good Expectation flotte encore, mais de peu : « elle n’était pas loin de faire une voie d’eau et de couler », dira James Crockett.
Mai 2011 : sept marins, pas de moteur, et deux jours de calme plat
Cette année-là, il faut amener Good Expectation d’Antigua à Saint-Barthélemy pour la West Indies Regatta. Sept membres d’équipage du trois-mâts barque Picton Castle s’en chargent, menés par le second, Mike : Paula, Katelinn, les frères Davey et Fred, la stagiaire Wendy Heisler et Ollie, embarqué en supplément. Aucun moteur à bord, des cartes papier, et deux jours prévus.
Le vent tombe. Il ne reviendra pas avant une quarantaine d’heures. Le bateau tourne lentement en rond au large d’Antigua, sur une mer d’huile. L’équipage se baigne, sort les boissons fraîches, et l’un d’eux joue du violon sur le pont. Le vent revient le troisième jour ; ils prennent un mahi-mahi de dix-huit kilos et le mangent ensemble. La traversée aura pris trois jours au lieu de deux.
Un plan d’affaires écrit pour un diplôme
Ce qui sauve Good Expectation n’est pas né sur un quai des Antilles, mais dans une salle de cours en Angleterre. En 2008, James Crockett passe un master en tourisme responsable à l’International Centre for Responsible Tourism. Son projet de fin d’études est un plan d’affaires qu’il intitule « Heritage Sailing » : faire naviguer des clients à la journée sur un bateau du patrimoine, et prouver qu’un vieux voilier de travail local peut devenir un outil de tourisme viable.
Le bateau, à ce moment-là, n’est pas choisi. Ce sera un bateau traditionnel, mais pas forcément un sloop de Carriacou. C’est un hasard de navigation qui tranche : pendant la régate de Pâques à Bequia, dans les Tobago Cays, les Crockett tombent sur Beauty, construit à Petite Martinique par Jeff Stevens. « Waouh, voilà un bateau qui pourrait nous aller. » Ils publient la photo, et quelqu’un leur répond qu’ils sont à deux pas de Carriacou, là où ces bateaux sont bâtis. La personne au bout du fil est Justin, l’un des producteurs de Vanishing Sail, qui les met en relation avec Alexis Andrews.
Automne 2011 : quelqu’un mise sur l’épave
À l’automne 2011, James et Pepsi Crockett achètent le bateau. Trois mois de chantier structurel à Jolly Harbour, à Antigua, pour refaire les œuvres vives ; puis la finition à Sainte-Lucie. Six mois en tout. Le bateau qui n’avait jamais eu de moteur en reçoit un, avec son compartiment ; celui qui n’avait jamais eu de cabine en reçoit une, avec des toilettes ; et il sort du chantier avec un jeu de voiles neuf.
Good Expectation retrouve l’eau en février 2012 au chantier d’IGY Rodney Bay, à Sainte-Lucie, et reprend du service en mars.
Un bateau de fret devenu une école
Jus’ Sail ne se contente pas de promener des visiteurs le long de la côte sainte-lucienne. Chaque année, la compagnie forme des jeunes sans emploi de l’île, de dix-huit à vingt-cinq ans, pendant six semaines : la voile, la natation, les premiers secours, les certifications reconnues dans plus de cinquante-cinq pays, et de quoi entrer dans le secteur maritime. Le capitaine O’Brian Forde et le second Krishna Joseph, qui mènent le bateau aujourd’hui, sont tous deux issus de cette formation. En 2016, Jus’ Sail est finaliste des Tourism for Tomorrow Awards du World Travel and Tourism Council, dans la catégorie People.
Au générique de Vanishing Sail
Good Expectation apparaît dans le générique d’ouverture de Vanishing Sail, le documentaire d’Alexis Andrews sur la fin de la construction navale en bois à Carriacou. Le 12 décembre 2016, Jus’ Sail organise la première sainte-lucienne du film, deux séances au Caribbean Cinemas, dont les recettes financent la sixième édition de la formation des jeunes.
1ᵉʳ décembre 2025 : le grand carénage
Quinze ans après le chantier de 2011, le bois fatigue. Jus’ Sail annonce l’arrêt des sorties en mer à compter du 1ᵉʳ décembre 2025, le temps d’un carénage structurel complet. L’objectif annoncé est de repartir pour quinze ans. L’idée de départ était de ramener Good Expectation à Carriacou, son île natale, là où les charpentiers savent encore travailler ces coques-là.
Ottley Hall : une main de Bequia sur un bateau de Carriacou
Le chantier s’est finalement fait ailleurs. Good Expectation a été remonté à Ottley Hall, à Saint-Vincent, et c’est un charpentier de marine de Bequia, Herbert Olivierre, qui en a la charge. Une main de Bequia sur une coque de Carriacou : les deux traditions des Grenadines, que quarante milles de mer séparent, se retrouvent sur le même ber.
Et il y avait quelqu’un d’autre dans ce chantier à l’arrivée de Good Expectation. Exodus, le sloop d’Alwyn Enoe dont Vanishing Sail raconte la construction, y achevait une réparation de tableau arrière. Deux Carriacou sloops au sec au même moment à Saint-Vincent, sous les mains d’un Bequian : c’est, en une image, l’état de ce patrimoine aujourd’hui — il ne tient plus par île, il tient par les quelques hommes qui savent encore le réparer.
Et ensuite ? Une fois le carénage terminé, Good Expectation sera probablement mis en vente cette année.

Sources
- Jus’ Sail, page Facebook — les deux photographies de cette fiche en sont issues ; elles restent la propriété de Jus’ Sail. facebook.com/jussail
- Good Expectation, site de Jus’ Sail — la construction de 1984 par Zepharin McKlaren, les quinze ans de fret, l’état du bateau en 2011, l’achat de septembre 2011, les trois mois de chantier à Jolly Harbour et la remise à l’eau de février 2012 à IGY Rodney Bay.
- About Us, site de Jus’ Sail — James et Pepsi Crockett, le capitaine O’Brian Forde et Krishna Joseph, la formation de six semaines, l’accréditation IYT et les Tourism for Tomorrow Awards 2016.
- jussail.com — l’annonce du grand carénage : « As of December 1st 2025 Jus’ Sail will cease operations of charters whilst our vessel – Good Expectation – returns to her home island of Carriacou for a comprehensive refit. »
- A Good Expectation: Antigua to St Barts in an Old Smuggling Sloop, journal de bord du Picton Castle, 10 mai 2011 — le convoyage, l’équipage et le calme plat, racontés par Wendy Heisler.
- James Crockett, entretien avec Marlinspike Magazine, Not Jus’ Sailing, avril 2017 — le master en tourisme responsable de 2008 et le plan d’affaires « Heritage Sailing », la chaîne des propriétaires (un Allemand, puis l’Anglais Martin Dudley au milieu des années 2000), la rencontre avec Beauty aux Tobago Cays, les mâts taillés dans des poteaux télégraphiques, et les 80 % de bordé neuf sous la flottaison.
- Jus’ Sail, témoignage direct, septembre 2026 — le carénage n’a finalement pas eu lieu à Carriacou mais à Ottley Hall, à Saint-Vincent, mené par le charpentier de marine bequian Herbert Olivierre, qui achevait au même moment dans ce chantier la réparation du tableau arrière d’Exodus. C’est également Jus’ Sail qui annonce la mise en vente probable du bateau cette année.
- Antigua Classic Week 2019, liste des bateaux engagés — « 1984 · 11,70 · St. Lucia · Carriacou Slup · Zepharin McKlaren ». C’est la seule source donnant la longueur.
- St Lucian Premiere of Award Winning Vanishing Sail Movie, SLHTA, 2 décembre 2016 — le générique d’ouverture et la première du 12 décembre 2016.
- West Indies Regatta Showcases Traditional Sailboats, All At Sea, 1ᵉʳ juillet 2009 — les huit bateaux de la première édition.
Contact — Good Expectation
- Jus’ Sail — jussail.com, Dock A, IGY Rodney Bay Marina, Gros Islet, Sainte-Lucie.
- Réseaux sociaux — Facebook, Instagram, Twitter, Pinterest
- Téléphone et WhatsApp — +1 758 287 1071
- Courriel — sail@jussail.com
- Vous avez des photos de Good Expectation à Gustavia en 2009 ou en 2011 ? Écrivez-nous via le formulaire ci-dessous — cette fiche sera complétée.
Compléter cette fiche
Vous connaissez ce bateau, son histoire, ses navigations, ou une page officielle permettant de le contacter ? Aidez-nous à enrichir cette fiche : votre message nous parvient directement.
Votre message est transmis par e-mail à l'équipe du site ; il n'est pas enregistré dans la base de données du site. L'adresse e-mail, si vous la renseignez, sert uniquement à vous répondre. Vous pouvez demander l'accès, la rectification ou la suppression de ces informations en écrivant à l'équipe du site.
