
- Type de bateau — cotre à gréement aurique, arrière pointu comme l’avant, sur les lignes des baleinières de Bequia
- Mise à l’eau — le 21 décembre 1965, sur la plage d’Admiralty Bay, à Bequia
- Longueur — 29 pieds 9 pouces hors-tout, soit environ 9,1 m — 25 pieds 9 pouces sur pont, 22 pieds à la flottaison
- Bau et tirant d’eau — 8 pieds 9 pouces de large, environ 2,7 m — 4 pieds 6 pouces de tirant d’eau, environ 1,4 m
- Déplacement — environ 5 tonnes
- Construit par — Klaus Alvermann, architecte et marin allemand, assisté du charpentier de marine bequian Loren Dewar
- Faits d’armes — deux tours du monde. Premier bateau construit à Bequia à boucler une circumnavigation
- À Saint-Barthélemy — présent à la toute première West Indies Regatta, en 2009, parmi les huit bateaux entrés dans le port de Gustavia
- Aujourd’hui — Nouvelle-Écosse, au Canada. Bordé refixé et bateau remis à l’eau en 2025
Un jeune Allemand sur la plage d’Admiralty Bay
Au début des années 1960, un jeune architecte et marin allemand s’installe à Bequia, dans les Grenadines de Saint-Vincent. Klaus Alvermann dessine des maisons pour vivre — on lui doit la pizzeria de l’île — et regarde les charpentiers travailler sur le sable d’Admiralty Bay. Ce que Klaus Alvermann regarde, ce sont les baleinières bequianes : des coques pointues aux deux bouts, taillées pour se laisser mener à l’aviron et à la voile dans le clapot du canal.
De ces lignes-là, Klaus Alvermann veut faire un bateau de haute mer. Pas de plans sur le papier, pas une seule machine électrique : la coque est façonnée à l’œil et à la main, directement sur la plage, avec l’aide d’un charpentier de marine de l’île, Loren Dewar, dont les petits-enfants construisent encore des baleinières à Bequia aujourd’hui.
21 décembre 1965 : le ventre rond descend à la mer
Pendant les mois de chantier, les connaisseurs qui traînent sur la plage ont un commentaire pour la coque en train de naître : elle est ronde. Trop ronde, trapue, ventrue. Le sobriquet reste et devient le nom du bateau. Plumbelly, le ventre rebondi, est mis à l’eau le 21 décembre 1965.
Cinq tonnes de bois pour tenir devant les mers du Sud
Sous la rondeur, la structure est surdimensionnée jusqu’à l’excès. Les membrures sont en cèdre massif de 2 pouces et demi d’épaisseur, espacées de 11 pouces seulement. Aucune planche du bordé ne fait moins d’un pouce. Sous la flottaison, Klaus Alvermann emploie du silver balli, un bois dur de Guyane très dense, réputé pour résister aux tarets et à la pourriture. Le pont et les hauts sont en pin lourd. Pour 25 pieds sur le pont, le déplacement atteint cinq tonnes.
Un seau, six jerrycans et pas de moteur
L’intérieur, lui, tient de la profession de foi. On ne se tient pas debout dans Plumbelly : il n’y a que de la hauteur assise. Il n’existe aucune cuve d’eau douce, seulement six jerrycans de cinq gallons. Les toilettes du bord sont un seau. Le bateau est construit sans moteur, et le seul équipement de confort du pont est une longue barre franche, un régulateur d’allure rudimentaire à volet et une descente fermée par une simple bâche de toile. Un support de hors-bord de 8 chevaux ne viendra que bien plus tard, sur la hanche arrière.
Décembre 1968 : cap à l’ouest
Klaus Alvermann passe d’abord quelques années à naviguer dans les Antilles. Puis, en décembre 1968, Plumbelly quitte les Caraïbes pour le canal de Panama et le Pacifique. Le poète et chroniqueur Richard Dey, qui a consacré au bateau un portrait publié dans la revue The Spray en 1980, résume le voyage d’une phrase : un bateau sans moteur qui fait le tour du monde, de Bequia à Bequia, de 1970 à 1976, son propriétaire s’arrêtant de temps à autre pour travailler comme architecte et payer la route. Klaus Alvermann gardera Plumbelly une vingtaine d’années et lui fera boucler deux tours du monde complets.
Une semaine de ce voyage est restée dans les annales : 1 120 milles en sept jours, soit 160 milles par jour de moyenne, pour un bateau de 22 pieds à la flottaison.
Tahiti, Moitessier, et un gamin qui décide de construire son bateau
Dans le Pacifique des années 1970, le petit cotre de Bequia croise le gratin de la voile de l’époque. À Tahiti, Klaus Alvermann fréquente Bernard Moitessier, et c’est sous sa houlette qu’il fabrique son régulateur d’allure. En Nouvelle-Zélande, un Américain de dix-neuf ans monte à bord et en redescend avec une idée fixe. Reid Stowe, qui battra plus tard le record de durée en mer sans escale, le raconte sans détour : Plumbelly a eu une influence énorme sur lui, son bois dur, ses courbes, sa grâce, et c’est là qu’il a décidé de construire son propre bateau.
Quinze longues secondes, au nord de la Nouvelle-Zélande
En décembre 1971, Klaus Alvermann dort dans la couchette quand une lame de travers retourne Plumbelly au nord de la Nouvelle-Zélande. « Cela a duré quinze secondes, je les ai comptées, et c’étaient de longues secondes », racontera-t-il. Le bateau s’est redressé seul et a repris sa route, avec des dégâts minimes. Le silver balli et les membrures de deux pouces et demi avaient fait leur travail.
Le premier bateau de Bequia à boucler le tour du monde
Plumbelly reste dans l’histoire maritime des Grenadines comme le premier bateau construit à Bequia à avoir accompli une circumnavigation. En 1975, à la réouverture du canal de Suez après huit ans de fermeture, le petit cotre figure parmi les tout premiers voiliers de plaisance à le franchir. Klaus Alvermann est mort le 30 janvier 2007, à Hambourg.
Après Klaus : le Maine, et un charpentier qui repart en mer
Le bateau passe ensuite entre les mains de charpentiers du Maine. Daniel Bennett le garde une demi-douzaine d’années et le mène jusqu’aux Bermudes — bôme cassée, corne cassée, beaupré cassé à l’arrivée, ce qui en dit long sur la manière dont Plumbelly était mené. Vers 2003, le bateau est repris par un autre charpentier, Patrick DiLalla.
En octobre 2004, Patrick DiLalla part seul du Maine vers les Bermudes : dix jours de mer et deux couchages dans un coup de nord-est en plein Gulf Stream. Il décrira le choc comme celui d’un skieur qui percute une souche dans la poudreuse. Vingt personnes l’attendaient sur le quai à l’arrivée. Au printemps 2009, Plumbelly en est à ses vingt-septième et vingt-huitième traversées de l’Atlantique, avec le Portugal, le Maroc, les Canaries et le Sénégal au tableau.
2009 : Gustavia, le tout premier rendez-vous
C’est cette année-là que Plumbelly entre dans le port de Gustavia. Le bateau est l’un des huit à répondre présent à la toute première West Indies Regatta, aux côtés de Genesis, d’Ocean Nomad — aujourd’hui Navasana —, de Tradition, de Sweetheart, de Good Expectation, de Summer Cloud et de la goélette Alexander Hamilton. Avec ses 29 pieds hors-tout, Plumbelly est le plus petit bateau du recensement — et le seul venu d’un chantier de Bequia.
Cette saison 2009 est aussi la dernière apparition connue de Plumbelly dans les Antilles. Aucune autre n’a été retrouvée depuis. Patrick DiLalla ramène le bateau dans le Maine et le met en vente.
Le grand nord : la Nouvelle-Écosse, et quinze ans de doute
En 2010, Plumbelly part vers les provinces maritimes du Canada. Le 28 août 2011, Alison Welch annonce publiquement que son compagnon Chris et elle viennent d’en devenir les nouveaux propriétaires, avec un projet clair : « nous espérons la ramener chez elle, à Bequia, pour ses cinquante ans en 2015 ». Le voyage de retour n’aura jamais lieu.
En 2013, le bateau est de nouveau à vendre en Nouvelle-Écosse. Un lecteur qui voulait le racheter pour le rapatrier à Bequia et le confier aux jeunes de l’île manque l’affaire d’une journée : un autre acheteur avait signé la veille.
Les années suivantes sont des années de déclin. À l’automne 2024, Plumbelly est décrit au mouillage de Shining Waters Marina, sans gréement, du coton pendant des coutures ouvertes, la peinture qui s’écaille et le lest de quille couvert de rouille. Le mot employé par ceux qui le voient est sans appel : ce bateau-là a besoin qu’on vienne le sauver.
Septembre 2025 : Plumbelly repart en régate
C’est ce qui est arrivé. Le charpentier de marine Ollie Cote a entrepris le refixage complet du bordé, et le 21 septembre 2025, Plumbelly a couru le September Classic de Lunenburg, la régate de bateaux traditionnels de Nouvelle-Écosse. La photo publiée ce jour-là montre le cotre sous grand-voile, foc et trinquette, gîté, trois personnes dans le cockpit. Daniel Bennett, qui l’avait possédé quarante ans plus tôt, a commenté en une phrase : « Quel plaisir de savoir Plumbelly refixé et de nouveau à l’eau. »
Un mois plus tard, le bateau était au sec pour l’hiver au LaHave River Yacht Club, près de Bridgewater, en Nouvelle-Écosse. Soixante ans après la plage d’Admiralty Bay, deux tours du monde et vingt-huit traversées de l’Atlantique, Plumbelly navigue toujours.
Sources
- Charles J. Doane, The Legend of Plumbelly, Wave Train, 30 décembre 2009 — la construction, les dimensions, les matériaux, les tours du monde, le chavirage de 1971, les propriétaires successifs. Les commentaires de l’article, de 2011 à 2025, donnent la suite de l’histoire en Nouvelle-Écosse.
- Richard Dey, Writing On The Sea: An Historical Overview of Yachting, Caribbean Compass — renvoie à son portrait « Spontaneity and the Single-Hander: Plumbelly of Bequia Around the World », paru dans la revue The Spray en 1980, et dans une version abrégée dans Yachting en mars 1978. C’est la source du tour du monde de Bequia à Bequia, de 1970 à 1976.
- Charles J. Doane, Me, the Boat and a Guy Named Bob, Wave Train, 20 janvier 2022 — le charpentier Loren Dewar, et l’anecdote de Bob Dylan déposé à bord de Plumbelly pour lui éviter la foule de Bequia.
- Charles J. Doane, Comprehending Reid Stowe: Early Voyages & The Moitessier Factor, Wave Train, 20 avril 2010 — Bernard Moitessier à Tahiti, et la rencontre avec Reid Stowe en Nouvelle-Zélande.
- A Home, Bequia Stories — Klaus Alvermann à Bequia, architecte, et la pizzeria de l’île qu’il a dessinée.
- West Indies Regatta Showcases Traditional Sailboats, All At Sea, 1ᵉʳ juillet 2009 — les huit bateaux de la première édition, et Plumbelly décrit comme le plus petit de la flotte.
- Plumbelly of Bequia, forum YBW — la vente de 2009, le départ pour la Nouvelle-Écosse et la vente manquée de 2013.
- Facebook, publication de Daniel Bennett partageant Ollie Cote, le 21 septembre 2025 — la remise à l’eau et la régate de Lunenburg.
Contact — Plumbelly
- Le portrait de référence : The Legend of Plumbelly, par Charles J. Doane.
- Le portrait de Klaus Alvermann par Richard Dey, paru dans The Spray en 1980 : Writing On The Sea, Caribbean Compass.
- Loren Dewar et le Bequia des années 1960 : Me, the Boat and a Guy Named Bob.
- Vous naviguez sur Plumbelly ou vous avez des photos du bateau ? Écrivez-nous via le formulaire ci-dessous — cette fiche sera complétée.
Compléter cette fiche
Vous connaissez ce bateau, son histoire, ses navigations, ou une page officielle permettant de le contacter ? Aidez-nous à enrichir cette fiche : votre message nous parvient directement.
Votre message est transmis par e-mail à l'équipe du site ; il n'est pas enregistré dans la base de données du site. L'adresse e-mail, si vous la renseignez, sert uniquement à vous répondre. Vous pouvez demander l'accès, la rectification ou la suppression de ces informations en écrivant à l'équipe du site.
