
- Type de bateau — goélette en bois à deux mâts, gréement aurique, bâtie pour le commerce entre les îles
- Construite — en 1969, à Carriacou
- Construite par — des charpentiers de Carriacou, dont les noms restent à retrouver
- Dimensions — 80 pieds hors tout, beaupré compris · 54 tonneaux · mâts de 60 pieds au-dessus du pont
- Matériaux — membrures en cèdre taillées à l’herminette, quille en greenheart, bois de la Grenade et de Carriacou, bordé en pitchpin du Canada
- Propriétaire et capitaine — Martin Jennett
- Reconstruite — à Carriacou, après l’ouragan Ivan de 2004
- À Saint-Barthélemy — West Indies Regatta 2012 et 2014 · « Queen of the Fleet » en 2012
- Port d’attache — Union Island, Saint-Vincent-et-les-Grenadines
- Aujourd’hui — en service, sorties à la journée vers Mayreau et les Tobago Cays
1969 : une goélette de commerce née à Carriacou
Scaramouche est construite en 1969 à Carriacou, pour transporter des marchandises d’île en île. Pour les membrures, les charpentiers parcourent les bois à la recherche de branches de cèdre dont la courbe épouse déjà la forme de la coque. Ils les dégrossissent à l’herminette, puis les fixent sur une quille en greenheart. La charpente est en bois de la Grenade et de Carriacou ; le bordé, en pitchpin importé du Canada.
Hors tout, beaupré compris, la goélette mesure 80 pieds et jauge 54 tonneaux. Sous le pont, les membrures de cèdre restent apparentes. En 2012, le journaliste Stephen Sammons compare cet intérieur à un pub de l’époque Tudor, chaud, douillet, parfumé par les vieux bois.
Des centaines de goélettes de commerce en bois ont sillonné les Antilles. En 2012, le Caribbean Compass n’en compte plus que deux : Scaramouche, d’Union Island, et la goélette de Bequia The Friendship Rose.
Un Écossais à Union Island
Martin Jennett est écossais. Il quitte Glasgow au milieu des années 1970, sans autre projet que de trouver un passage vers une plage des tropiques. « Luck is what brought me to The Grenadines », résume-t-il : c’est la chance qui l’a mené aux Grenadines.
À Union Island, Martin Jennett commence par briquer le pont d’un voilier français, puis devient skipper de sorties à la journée. Plus de trente ans avant 2012, selon le magazine All At Sea, il achète Scaramouche, qui travaille encore comme caboteur. Une année entière de restauration suit. Les mâts actuels, en pin importé, sont des mâts de remplacement façonnés à l’image des mâts d’origine.
2004 : Ivan, le récif, le chalutier
En 2004, quand l’ouragan Ivan approche, Scaramouche est amarrée à Clifton, l’un des meilleurs mouillages des Grenadines. Un aide comprend mal les consignes d’amarrage. Sous des vents de 130 milles à l’heure, la goélette chasse jusqu’à un récif.
Il faut d’abord la tirer en eau profonde, puis la retourner pour colmater les trous de la coque. Pour la redresser, des cordages sont frappés en tête de mât et halés par un puissant chalutier. Mais le chalutier dévie de sa route et arrache les mâts vers l’arrière. Martin Jennett voit le beaupré se séparer de la coque, puis les mâts et tout le gréement s’effondrer, perçant la coque de nouveaux trous. « J’aurais pu pleurer de frustration et de chagrin », raconte-t-il.
Le retour à Carriacou
Martin Jennett refuse d’abandonner l’épave. Il la remorque jusqu’à Carriacou, l’île où Scaramouche est née. Là, les vieux charpentiers et leurs enfants comprennent l’importance de ce bateau et refusent, eux aussi, de le laisser mourir. Avec les mêmes gestes qu’une génération plus tôt, ils reconstruisent la goélette, qui reprend la mer pour un nouveau chapitre.
Pirates, caméras et Tobago Cays
Pour le tournage de Pirates des Caraïbes, de Disney, Scaramouche est transformée en navire marchand portugais. La BBC l’a filmée pour une série d’aventure, et la goélette a tourné dans plusieurs publicités télévisées.
Depuis Union Island, Scaramouche emmène des passagers vers Mayreau et les Tobago Cays : petit-déjeuner, déjeuner préparé par le cuisinier du bord, punch maison, masques et tubas pour nager au-dessus du récif. Stephen Sammons raconte qu’un passager suisse est revenu six années de suite.
Mai 2012 : une cargaison pour Gustavia
Le 17 mars 2012, la West Indies Regatta annonce la venue de Scaramouche, présentée comme l’une des deux seules goélettes de cargo d’origine encore en activité dans les Grenadines.
Le 1ᵉʳ mai, à l’aube, la goélette quitte Union Island. Dans la cale : plusieurs centaines de noix de coco fraîches chargées à Chateaubelair, sur la côte sous le vent de Saint-Vincent, du miel de Bequia, du chocolat et des boules de cacao de la Grenade, du rhum de Saint-Vincent — de quoi tenir le marché des îles de la régate. L’équipage réunit des amis de longue date venus d’Union Island, de Saint-Vincent, d’Angleterre et de France.
Une fois sortie de l’abri de la Soufrière, Scaramouche file plein nord à plus de huit nœuds, voiles réglées comme sur un voilier de course, sous la lune. Les 350 milles jusqu’à Saint-Barth sont couverts en deux jours.
À l’aube, Alexis Andrews, fondateur de la régate, guide la flotte jusqu’au quai principal de Gustavia à bord du sloop Genesis.
Scaramouche reçoit une place d’honneur, face à la Capitainerie, à côté de la célèbre goélette américaine Ticonderoga. Bruno Magras, président de la Collectivité, et Daniel Blanchard, du Club Unesco, partenaire de la régate, montent à bord. Le vendredi, la fête d’accueil se tient sur le pont de la goélette. M. Ollivierre, de Bequia, ouvre plus de noix de coco que tout le monde, et demande qu’on le laisse à Saint-Barth quand Scaramouche repart.
Au palmarès, Scaramouche reçoit le titre de « Queen of the Fleet », la reine de la flotte.
Autrefois, rappelle Stephen Sammons, une goélette comme Scaramouche serait rentrée chargée de marchandises détaxées, sans trop se soucier des douanes. Cette fois, l’équipage dit respecter le travail des douaniers, tout en espérant qu’ils pardonneront l’oubli d’une caisse ou deux de bon vin français.
2014 : deux goélettes à Gustavia
Scaramouche revient à Saint-Barthélemy pour la sixième West Indies Regatta, du 1ᵉʳ au 4 mai 2014. Neuf bateaux traditionnels sont au départ. Aux côtés des Carriacou sloops, deux goélettes : Scaramouche, d’Union Island, et l’Alexander Hamilton.
Les organisateurs annoncent alors qu’ils inviteront l’année suivante la seule autre goélette de commerce d’origine encore en activité, The Friendship Rose.
Ce qui reste à retrouver
Le nom des charpentiers qui ont bâti Scaramouche en 1969, le nom de ses premiers propriétaires, ses routes de commerce, l’année exacte de son achat par Martin Jennett et celle de sa remise à l’eau après Ivan. Si vous connaissez une partie de cette histoire, écrivez-nous.
Sources
- Tradition’s Alive Aboard Scaramouche, Stephen Sammons, Caribbean Compass, juin 2012, p. 15 — la construction, Ivan, la reconstruction à Carriacou, le voyage de mai 2012 vers Saint-Barth.
- The ‘Wet’ Indies Regatta!, Alexis Andrews, Caribbean Compass, juin 2012, p. 17 — la fête d’accueil à bord, le marché des îles, le titre de « Queen of the Fleet ».
- Caribbean Compass, juin 2014, p. 13 — la West Indies Regatta 2014 et ses deux goélettes.
- Captain Martin Jennett and Scaramouche, the Carriacou Schooner, Ellen Lampert-Greaux, All At Sea, 28 août 2012 — Martin Jennett, les dimensions, les bois, Pirates des Caraïbes.
- Schooner Scaramouche Attending 2012 Regatta, westindiesregatta.com, 17 mars 2012 (copie archivée).
- Scaramouche, Ins and Outs of SVG — les sorties à la journée et les coordonnées.
- Scaramouche, Escaped At Last, 22 mai 2023.
- Photo : Montgomery Howard, groupe Caribbean Photographers, 26 mars 2025.
Contact — Scaramouche
- Téléphone — +1 784 458 8418
- E-mail — scaramouche@vincysurf.com
- Facebook — scaramouchegrenadines
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